Avant-poste oublié

30 novembre 2015

[Inspiration] les maquettes Usborne de Iain Ashman

J'avais dit que je ferais bien des posts sur mes différentes sources d'inspiration qui me tiennent particulièrement à coeur. Certaines m'ont aidé à fasconner mes univers, d'autres m'ont juste accompagné pendant que j'imaginais toutes sortes de choses, et se sont donc mêlées à mes propres créations.

Aujourd'hui, j'aimerais parler de maquettes en papier... Éditées par Usborne et rassemblées dans la collection "Construis ton...", on pouvait il y a quelques années encore en trouver un certain nombre, comme "Construis ton château médiéval" ou "Construis ton camp romain" (collection anglaise "Make this..."). Des sujets assez historiques pour la plupart, mais deux en particulier m'ont interpellées, quand j'avait treize ou quatorze ans, je ne sais plus trop... Le Château magique et la Maison hantée.

Construis ton château magique   Construis ta maison hantée

Le Château magique est pour moi une des plus importantes pierres de soubassement de mes mondes imaginaires. Je me souviens encore du jour où j'ai ouvert le livre. La maquette se présente sous forme de livret détachable où sont disposés tous les éléments à découper puis à coller entre eux, pour la plupart imprimés recto-verso. Rien que le regarder, et j'étais déjà parti dans un autre monde... L'oeil passant d'un élément à l'autre ("ha, cette partie doit aller avec celle-ci !", "mais où se place cet élément ?", "dans quelle salle se trouvera le dragon ?"), je découvrais tout un univers qui se suffisait à lui-même, bourré de détails et non lié aux autres univers qui m'étaient alors chers à cette époque, comme le Seigneur des Anneaux.

Car le château magique est davantage baigné dans l'univers féérique que purement fantasy. Les références de l'auteur semblent être multiples et foisonantes ; l'oeuvre, dans sa globalité, est un véritable "monstre" d'inspiration, tant les détails, innombrables, sont bien pensés, bien dessinés, uniques et variés.

Vue générale

Construire le château, élément par élément, est une expérience grandiose en soi. On commence par l'entrée fortifiée, qui, déjà, se compose de deux corps de bâtiment reliés par un étage sur voûte et surmontés de trois toits pointus. C'est parti : une petite porte de garde placée ici, sous une douce lumière rasante d'un jaune-orangé, un pan de mur qui manque de s'écrouler, une petite meurtrière par-ci, une tuile envolée par-là... L'illustrateur ne se contente pas de reproduire les éléments "banals" (pierres, calades, tuiles...), il les différencie tous avec un niveau de détail prodigieux...

Entrée fortifiée   Entrée fortifiée
L'entrée fortifiée, avec le dragon qui garde l'entrée et sa porte à double battant munie d'un guichet

On assemble ensuite les bâtiments suivants, qu'on colle les uns à la suite des autres sur le sol, vaste place centrale couverte de calades aux dessins géométriques d'alchimiste : une tour hexagonale avec, comme dernier étage, une chambre d'astronome, une tour ronde avec observatoire au sommet, le corps principal, sur trois étages, détaillé des cuisines jusqu'aux combles, avec sa petite entrée et son cadran solaire, une autre tour ronde, un chemin de garde avec une vieille tour en ruines, un autre corps de bâtiment, sur deux étages, avec les caves lugubres sur des soubassement voûtés, une petite courette coincée entre ce bâtiment et la bibliothèque, belle salle avec galerie en bois qui court le long des murs, elle-même flanquée d'une large tour ronde à un étage, et nous voilà revenus à l'entrée fortifiée.

Cour intérieure
La cour intérieure, avec son pavage en calade
tour du château   tour du château
Le tour de la façade extérieure, en partant de la droite de l'entrée fortifiée : le logis principal flanqué de ses tours (gauche), et l'observatoire avec sa tour en ruine (droite)
tour du château   tour du château
Le logis secondaire, la petite cour avec son saule, la bibliothèque et la grosse tour ronde (gauche), et détail du logis principal, avec sa porte dragon (droite)
Détail de la cour   Détail de la cour
Détail de la cour intérieure (entrée du logis principal sur la gauche, et au fond, l'entrée fortifiée) (gauche), et de la petite place avec le saule (droite)
Détail de la cour   Détail de la cour
Détails du château : la grosse tour ronde (gauche) et la tour hexagonale (droite)

Le château est ensuite surélevé par divers pans de carton qui constituent la montagne. Celle-ci aurait pu n'être que rochers éparpillés, mais non : un petit passage secret ici, des drôles d'arbres taillés là, une grotte avec un dragon, une petite cache avec une bête tout droit sortie de Dark Cristal, perdue au fond de sa grotte, avec sa pierre diffusant une teinte rosée magique...

Montagne   Montagne
Montagne   Montagne
Montagne   Montagne

Car c'est sans doute là l'une des plus grandes forces de cette maquette : ses couleurs. Chaque pièce est dominée par une teinte qui lui est propre : rosée, verte, orangée, rouge... Le soleil couchant frappe toute la structure (tous les détails dessinés ont une ombre portée), divisant le château en deux parties : sa zone éclairée, orangée, lumineuse, paisible, et sa zone plongée dans l'ombre, aux teintes violacées et aux détails peut-être un peu plus mystérieux...

Intérieur   Intérieur
L'intérieur du logis secondaire (gauche) et du logis principal (droite), tous les deux avec cave voûtée. Le logis principal contient en plus une coursive
Intérieur   Intérieur
L'intérieur de la bibliothèque (gauche) et vue sur la cheminée du logis principal (droite). Remarquez le petit escalier complètement à gauche, qui donne sur la tour ronde flanquant le bâtiment
Intérieur
Intérieur du dernier étage des tours hexagonale et ronde. Les plafonds des toits pointus sont également dessinés (voûte peinte étoilée, ou nue avec un enchevêtrement complexe de poutres, etc.)

On passe des heures à monter cette gigantesque maquette de plus de 30 cm de haut et 50 cm de côté. Voir les détails s'assembler petit à petit suffit déjà à faire naître l'univers, mais ensuite, passer des heures et des heures à la regarder et, grâce aux pans à soulever ou aux fenêtres découpées, à retrouver des détails qu'on pensait avoir oubliés, à se plonger dans cette ambiance si envoûtante, mélange de magie et de sérénité, ça rend l'univers persistant, immuable, inoubliable.

J'ai toujours cette maquette aujourd'hui, et j'en prends grand soin. Mieux : j'ai racheté, plus tard, le livret afin d'en conserver une version non montée, car cette impression particulière que j'ai eue, quand je l'ai ouvert pour la première fois et que je n'avais pas encore découpé le moindre élément, et que je passais en revue les pages en cherchant à m'imaginer l'ensemble une fois assemblé, c'est elle qui a fait naître la première lueur de ce monde qui m'est désormais cher. Et puis ça permet d'avoir tous les éléments à plat, bien visibles, alors que le fait de monter le château rend indubitablement certains détails moins visibles que d'autres.

J'ai eu une fois l'idée de scanner toutes les pages et de les coller en tant que textures sur des éléments réalisés avec un logiciel de 3D, mais le boulot, assez phénoménal, a toujours été reporté... Pourtant, cela aurait permis de pouvoir se déplacer dans la maquette, avec une caméra virtuelle, et rendre le voyage encore plus immersif...

Ce château m'a donné aussi l'envie de faire la même chose, et j'ai passé des dizaines d'heures à confectionner ma propre maquette, à partir de papier canson et de crayons de couleur. J'ai ainsi élaboré une grande tour carré de sept étages, en cherchant à y mettre le plus de détails possible. Car dans le château initial, ce qui m'agaçait, c'est que certaines pièces n'étaient pas visibles (l'auteur n'avait pas prévu de créer un pan ouvrable sur telle ou telle partie d'un bâtiment, rendant inutile la création des pièces s'y trouvant). Dans ma tour, je voulais que tout soit visible, qu'il n'y ait aucune salle condamnée. Des soubassements (les geôles) au toit, j'ai tout dessiné, m'appuyant sur les détails du château quand j'en avais besoin, et sur mes propres univers pour le reste. J'y ai conservé la même symbolique globale – élément féodal féérique baigné dans une lumière rasante, avec des salles à ambiance différente et bourrées de détails mystérieux – afin que ma tour puisse se placer à côté du château et compléter l'univers. J'y ai même ajouté un certain nombre d'éléments en relief, des objets glanés par-ci par-là ou de petites réalisations conçues de toutes pièces qui, je trouvais, manquait au château initial.

Tour perso
La tour dans son ensemble (désolé pour la photo floue, il faudra que je la reprenne)
Tour perso   Tour perso
Les geôles au sous-sol, avec un squelette et un dragon (gauche), et vue du plafond de l'entrée, avec ses trophées de dragons et ses poutres apparentes (droite)
Tour perso   Tour perso
Le 1er étage (salle de garde) et l'étage "rose" (gauche), et les 3e étage (vert) et 4e étage (bibliothèque) (droite)
Tour perso   Tour perso
Détail des plafonds de la chambre verte et de la bibliothèque (gauche), et détail de la bibliothèque, avec son échiquier géant, sa mezzanine, sa maquette d'avion, ses petites échelles... (droite)

J'y ai même ajouté un corps de bâtiment annexe, une gigantesque bibliothèque adossée à une longue pièce posée sur la roche, pour étoffer le projet. Le tout devait être posé sur un pic rocheux, comme le château, pic qui n'a jamais été réalisé... Tour et bâtiment annexe se retrouvent en attente d'un montage définitif, et je me demande si j'arriverais un jour à finir ce projet qui me tenait tant à coeur, la minutie du travail (très petits éléments à dessiner, colorier, assembler, encoller) requérant un savoir-faire que je ne suis pas sûr d'avoir conservé...

Logis secondaire
Vue générale du logis secondaire (toute la partie en l'air était censée reposer sur un pan rocheux)
Logis secondaire   Logis secondaire
Intérieur, avec mezzanine, cariatides en forme de gryphon et cristal géant sur socle. On voit que le couloir posé sur la roche est au même niveau que la mezzanine, dans son prolongement. Une porte au fond devait donner dans les sous-sols de la tour (une salle contigue à celle des geôles) (gauche). Vue de l'autre façade de ce logis secondaire (droite)

Je ne peux que conseiller cette maquette, encore parfois trouvable sur certains sites de commerce en ligne (neuf ou d'occasion), à tous ceux, petits mais grands aussi, désirant découvrir un univers complet, qui a acquis une véritable légitimité au sein de l'univers féérique grâce à la multitude de détails dont il recèle...

Il en est de même avec le manoir hanté, qui, dans un autre registre, reprend tous les codes de l'univers horrifique des grandes maisons de bois laissées à l'abandon. Si par exemple vous aimez beaucoup la maison hantée du parc Euro-Disney, vous ne serez pas déçu. Les détails sont encore une fois au rendez-vous : ambiance, lumière, personnages, pans qui s'ouvrent et roues à faire tourner pour faire apparaître les fantômes derrière les fenêtres... Tout y est. J'aurais sans doute l'occasion d'en parler plus précisément une prochaine fois, dans un hypothétique post : "Inspiration : maisons et châteaux hantés"...

Chercher l'auteur de ces maquettes, Iain Ashman, sur Internet n'aboutit à aucune page particulièrement éloquante sur ses oeuvres ou ses autres réalisations, et je me demande parfois qui est cet homme qui a su imaginer tous ces univers, quelles sont précisément ses sources d'inspiration ; j'aimerais savoir s'il a fait d'autres choses dans l'univers SFFF (ses autres maquettes étant plutôt réalistes), et sinon, pourquoi. Car personnellement, il aurait pu faire cent maquettes comme celles-ci, ou des peintures, des livres, des jeux vidéo, que sais-je, je me serais sans doute penché sur tout ceci avec avidité.

Posté par vorador2116 à 23:45 - Inspirations - Commentaires [0] - Permalien [#]
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